Cinq personnalités financières en couple

L'équipe CoupleStars Clarté financière 4 min de lecture
Un couple qui examine les factures du foyer ensemble à la table de la cuisine, le genre de moment où les différentes personnalités financières en couple se révèlent le plus clairement
Photo by Vitaly Gariev on Unsplash

Deux personnes arrivent rarement à un compte joint avec les mêmes réflexes vis-à-vis de l’argent. L’une consulte son application bancaire avant de s’endormir, en comptant ce qu’il reste jusqu’à la prochaine paie. L’autre achète la bonne huile d’olive sans rien vérifier, parce qu’un dîner doit être bon et que la vie est courte. Réduire cela à une opposition dépensier contre épargnant est juste, mais incomplet. Il se passe autre chose. On retrouve au moins cinq personnalités financières en couple, et savoir laquelle des deux est réellement en jeu change la conversation.

Une étude de 2012 portant sur 4 574 couples, menée par Jeffrey Dew, chercheur à l’université Brigham Young, et publiée dans la revue Family Relations, a montré que les désaccords financiers prédisaient le divorce plus fortement que les disputes liées aux tâches ménagères ou au temps passé ensemble. Pas le montant d’argent que chaque partenaire possédait. Les désaccords eux-mêmes. Nommer le tempérament qui sous-tend une dispute d’argent s’avère généralement plus utile que d’arbitrer la dispute elle-même.

L’épargnant

Pour l’épargnant, l’argent signifie un contrôle gagné. Un euro dépensé est un euro qui ne pourra plus amortir le prochain imprévu, et ce calcul tourne silencieusement en arrière-plan. Les épargnants sont tournés vers l’avenir. Le solde du compte procure en soi un sentiment de sécurité ; les achats du moment paraissent secondaires. Cet instinct remonte souvent à quelque chose de précis, le licenciement d’un parent, une année trop maigre trop longtemps. Associé à un dépensier, le même désaccord peut resurgir pendant des années, à moins que les deux partenaires ne construisent un budget partagé qui ne pénalise discrètement aucun des deux styles.

Le dépensier

Les dépensiers sont tournés vers le présent, tout comme les épargnants sont tournés vers l’avenir, et tout aussi sincères dans leur démarche. L’argent dépensé pour un bon repas, un week-end improvisé ou de nouvelles chaussures de course n’a rien d’irresponsable à leurs yeux. C’est même le contraire. C’est la preuve que le plan fonctionne : pour le dépensier, l’argent existe pour la vie qu’il permet, ici et maintenant. Les dépensiers ont souvent grandi soit dans une vraie pénurie, soit dans une vraie abondance, deux chemins différents menant au même réflexe : profiter de l’argent tant qu’il est là. Ce qui ressemble à de l’impulsivité vu d’en face relève souvent d’une autre définition de ce à quoi sert l’argent, et sans ce contexte, cela devient la même dispute d’argent qui revient sans cesse.

Un couple qui fait ses courses ensemble dans une épicerie, l'un pesant le pour et le contre d'un achat pendant que l'autre attend
Photo de Centre for Ageing Better sur Unsplash

L’évitant

Les évitants ne fuient pas vraiment l’argent. Ils fuient le fait de le regarder en face. Les relevés bancaires restent fermés. Les cotisations de retraite restent réglées sur ce que le formulaire d’inscription indiquait des années plus tôt. Les évitants ne sont pas des gens négligents en général. La plupart font attention à tout, sauf à cette seule catégorie, précisément celle que leur partenaire aurait le plus besoin de voir suivie. Les conversations sur l’argent que les couples repoussent jusqu’à ce que quelque chose les y force sont presque toujours les conversations de l’évitant. Regarder de près donne l’impression de s’exposer à un verdict qu’il préférerait ne pas entendre, même s’il s’en soucie beaucoup.

L’inquiet

Chez l’inquiet, l’anxiété vient d’ailleurs, ce qui rend ce profil facile à confondre avec celui de l’épargnant. Un épargnant se calme une fois le coussin de sécurité constitué. Un inquiet, non, parce que l’anxiété n’a jamais vraiment porté sur le chiffre. Elle se fixe sur ce qui paraît incertain ensuite, un emploi qui pourrait ne pas durer, une facture qui n’est pas encore arrivée mais qui pourrait l’être. Les inquiets peuvent avoir largement de quoi vivre et vérifier quand même leur compte deux fois avant de se coucher. Ce qui aide, c’est un partenaire capable d’entendre la peur sans se précipiter pour la résoudre.

L’amasseur

Les amasseurs considèrent l’accumulation comme un but en soi, distinct à la fois de la prudence de l’épargnant et du plaisir du dépensier. Le chiffre est ce qui compte. Le faire grandir importe plus que ce qu’il pourrait acheter ou protéger, et dépenser, même pour un besoin réel, peut ressembler à une petite défaite. La psychothérapeute Olivia Mellan, qui écrit sur la psychologie de l’argent à destination des conseillers financiers, situe ce profil aux côtés des évitants et des dépensiers comme l’un des tempéraments possibles, chacun avec son angle mort. Un amasseur associé à presque n’importe qui d’autre sur cette liste finit par paraître généreux en projets et avare en argent réel, ce qui déconcerte les deux partenaires à parts égales.

Quand les personnalités financières en couple se mettent à compter les points

Toute liste de ce genre comporte un risque. Une fois qu’on a un nom pour le tempérament d’un partenaire, la tentation est grande d’en faire un verdict permanent plutôt qu’un point de départ. « Ce n’est qu’un évitant » n’est pas plus utile que « il ne s’occupe jamais de rien ». Nommer un tempérament devrait expliquer un schéma, pas y enfermer quelqu’un. Les tempéraments évoluent aussi, souvent autour d’un premier bail partagé, d’un licenciement, d’une naissance, d’une rentrée d’argent inattendue. L’épargnant d’une décennie peut devenir le dépensier soulagé de la pénurie la décennie suivante.

Aucun de ces cinq profils n’est un diagnostic, et aucun n’excuse la dispute qui suit le fait d’en nommer un. Ce qui aide est plus modeste : une pratique continue consistant à parler d’argent avec son partenaire plutôt qu’une seule conversation censée tout régler définitivement. Le tempérament explique l’instinct. Il ne décide pas de la suite.

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