Soutenir un partenaire insomniaque sans devenir son coach du sommeil
Si vous lisez ce texte parce que votre partenaire est, une fois de plus, resté éveillé à vos côtés à calculer combien d’heures il reste avant que le réveil ne sonne, la plupart des conseils sur le sommeil vont vous décevoir. Ils s’adressent à la personne qui n’arrive pas à dormir. Vous, c’est vous qui restez allongé juste à côté d’elle. Soutenir un partenaire insomniaque est une tâche différente de le guérir. On ne peut pas réparer le sommeil de quelqu’un d’autre depuis l’oreiller voisin. Ce qu’on peut changer, c’est ce qui se passe entre vous deux pendant qu’elle est éveillée, et cela compte, au final, plus qu’on ne le croit généralement.
Ce n’est pas le même problème que deux personnes qui vivent simplement selon des horaires différents. Réorganiser l’emploi du temps n’y change rien. Un mauvais sommeil reste par ailleurs rarement confiné à la personne qui en manque. Les psychologues Amie Gordon et Serena Chen, alors à UC Berkeley, ont constaté que les gens rapportent davantage de conflits avec leur partenaire le lendemain d’une mauvaise nuit, même ceux qui dorment généralement bien. Leur capacité à gérer les désaccords avec calme diminuait également. L’insomnie de l’un des deux partenaires devient une condition partagée, qu’on la nomme ainsi ou non.
Soutenir un partenaire insomniaque commence par ce qu’on ne dit pas
Les chercheurs qui étudient la manière dont le partenaire de lit est intégré au traitement de l’insomnie sont arrivés à une conclusion qui surprend. Rogojanski, Carney et Monson ont constaté que les conversations au lit, la recherche de solutions et les réassurances répétées ont tendance à renforcer l’état de vigilance qui empêche justement le partenaire de s’endormir. C’est l’inverse de ce à quoi on s’attend. On retrouve le même réflexe que pour rassurer sans cesse un partenaire anxieux, ce qui n’aide pas davantage dans ce cas. Une phrase courte comme « je suis là, rendors-toi » fonctionne mieux qu’une véritable conversation, parce qu’elle ne demande pas au cerveau de continuer à s’engager avec le problème au moment même où il essaie de ralentir. Gardez la vraie discussion pour le jour : les habitudes de sommeil, les questions sur ce qui le préoccupe.
Reportez la recherche de solutions à la journée
Le milieu de la nuit est le pire moment pour négocier une solution. C’est pourtant celui que les couples choisissent le plus souvent. Lorsque l’insomnie devient un schéma récurrent, au-delà d’une simple mauvaise semaine, les conversations utiles, l’arrêt de la caféine, les habitudes d’écran avant le coucher, la question de consulter, ont leur place au petit-déjeuner. Un plan élaboré dans la journée se suit plus facilement qu’une improvisation à 2 h du matin. Choisissez un moment précis, le café du samedi, le trajet jusqu’au travail, et servez-vous-en pour la conversation que le milieu de la nuit interrompt sans cesse. Cela rejoint en grande partie ce qui aide un partenaire sous pression, quelle qu’elle soit : une présence stable, sur un rythme qui ne lui demande pas de gérer la situation dans l’instant.
Repérez quand son épuisement déclenche une dispute qui ne vous concerne pas
Une réponse cassante au petit-déjeuner. Un ton plus sec pour une broutille, suivi d’un éclat disproportionné par rapport à ce qui vient de se passer. Cela remonte souvent, très directement, au manque de sommeil de votre partenaire. Cela n’a généralement rien à voir avec vous. C’est l’implication directe de l’étude de Gordon et Chen citée plus haut : la dette de sommeil érode la capacité à gérer les conflits bien avant que l’un ou l’autre ne s’en rende compte. Ménager un petit temps de pause avant de répondre, surtout les matins qu’on sait déjà difficiles, aide davantage que de déterminer à qui revient la faute pour la remarque acerbe. Un mauvais échange après une mauvaise nuit en dit plus long sur la nuit que sur la relation.
Et si prendre du recul ressemblait à un éloignement ?
Il y a ici une tension réelle. Mieux vaut la nommer que de l’esquiver. La même retenue qui semble aider, moins de discussions au lit, moins de réassurance immédiate, peut être perçue comme une froideur par un partenaire allongé, éveillé et effrayé, surtout avant que vous n’ayez expliqué pourquoi vous agissez autrement. L’insomnie n’est pas non plus quelque chose dont vous pouvez nécessairement venir à bout à deux, seuls, une fois qu’elle dure depuis plus de quelques semaines. La thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie, menée avec la participation du partenaire de lit, a fait ses preuves, et un thérapeute peut aider à distinguer une mauvaise passe passagère d’un problème qui nécessite un véritable traitement. Bien faire les choses ressemble parfois moins à prendre soin d’un partenaire traversant une maladie sans date de fin claire qu’à admettre que vous avez tous deux atteint la limite de ce que chacun peut résoudre seul.
Rien de tout cela ne promet que votre partenaire dormira d’une traite dès la semaine prochaine. Ce ne devrait d’ailleurs pas être l’objectif affiché. Ce qui change est plus modeste : moins de conversations à 2 h du matin qui vous laissent tous les deux plus éveillés qu’avant, et un lendemain matin où une mauvaise nuit n’est pas prise pour ce qu’elle n’est pas.
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