La vraie dispute derrière le soutien financier aux enfants adultes
Une enquête de l’AARP menée auprès d’environ mille sept cents parents de plus de quarante-cinq ans révèle que trois sur quatre envoient encore de l’argent à un enfant adulte, en moyenne près de sept mille dollars par an. Un loyer réglé ici. Une facture de téléphone absorbée là. Des courses payées pendant un mois difficile. À lire ce chiffre, on croirait tenir toute l’histoire. Ce n’est presque jamais le cas. La plupart des couples en désaccord sur le soutien financier aux enfants adultes ne se disputent pas vraiment sur le montant total. Ils se disputent sur ce que ce montant est censé signifier, un débat bien plus difficile qu’une dispute d’argent ordinaire, parce qu’aucun des deux partenaires ne nomme en général ce à quoi il pense que sert cet argent.
John Gottman s’est un jour prêté à un exercice étrange : consigner par écrit tous les sens que l’argent peut prendre au sein d’une relation. Il s’est arrêté après en avoir dépassé une centaine, la sécurité, l’amour, la punition et la dette y figurant tous quelque part. Quand un enfant adulte demande de l’argent pour son loyer, cette demande touche, chez chaque partenaire, un sens différent, et personne ne dit en général lequel à voix haute. L’un des parents y entend une demande d’aide. L’autre y entend la facture d’un travail déjà terminé, celle d’avoir élevé un enfant.
Ce que l’argent remplace en réalité
Un partenaire qui a grandi en voyant un parent tirer le diable par la queue lira souvent un chèque fait à un enfant de trente ans comme une simple décence, le genre de geste qu’on pose sans y réfléchir. Un partenaire qui a payé ses études en travaillant de nuit pourra lire ce même chèque comme la preuve que l’enfant n’a jamais appris à vouloir quelque chose assez fort pour le mériter. Les deux réactions sont sincères. Cet écart ressemble beaucoup à ce qui apparaît sous la forme de personnalités financières différentes au sein d’un couple, sauf qu’ici le désaccord vise une troisième personne à qui ni l’un ni l’autre ne peut vraiment s’expliquer. Le chiffre n’a jamais vraiment été l’objet du litige.
À quoi ça ressemble quand personne ne fixe de limite
David et Cindy Zucchero, un couple de retraités des environs de Seattle dont NPR a dressé le portrait ce mois-ci, soutiennent trois enfants adultes d’une trentaine d’années, tous avec de bons revenus. L’une de leurs filles est revenue vivre chez eux pour pouvoir rester auprès de ses jeunes enfants pendant une période difficile. Aucune date n’a été fixée pour son départ, et aucun loyer ne lui est demandé. Les Zucchero reconnaissent eux-mêmes être « coupables de trop couver leurs enfants ». Ce qui frappe, ce n’est pas qu’ils aident. La plupart des parents le font. C’est que l’arrangement n’a aucun contour : aucun repère partagé sur ce qui signalerait qu’il est temps d’arrêter, ce qui est souvent exactement là où le stress financier dans une relation commence, en silence, bien avant qu’un des deux partenaires ne prononce un chiffre à voix haute.
Nommer ce qui compte comme suffisant
Le psychologue Jeffrey Bernstein appelle l’alternative l’échafaudage financier : un soutien conditionnel avec une échéance visible, quelque chose qu’on démonte une fois sa mission remplie. Cela ne fonctionne que si les deux partenaires s’accordent à l’avance sur ce que cet échafaudage soutient. C’est rarement le cas. Une version utile de cette conversation ne porte pas sur le montant à donner. Elle consiste à nommer, à voix haute, ce que chacun croit en privé que cet argent achète, et à vérifier si ces deux réponses se rejoignent, le même travail de fond qui sous-tend la plupart des tentatives pour vraiment parler d’argent en couple plutôt que d’en parler à côté. Un parent qui croit que l’argent achète du temps entre deux emplois, et un parent qui croit qu’il achète la paix avec un enfant qui pourrait sinon lui en vouloir, gèrent deux budgets différents même quand le chiffre du virement est identique.
Pourquoi le soutien financier aux enfants adultes reste rarement stable
Même les couples qui prennent la peine de nommer leur définition privée du suffisant peuvent voir l’accord ne pas tenir. Un licenciement, un petit-enfant, une facture médicale que personne n’avait prévue, tout cela peut déplacer la limite sans prévenir. Le partenaire qui avait accepté le chiffre initial six mois plus tôt est souvent celui-là même qui se tait quand ce chiffre change. Il ne dit pas que le nouveau total lui semble différent. Le silence est généralement le premier stade d’un ressentiment qui ne se nomme jamais avant de s’être déjà installé. Définir ensemble ce qui suffit n’est pas une solution définitive. C’est un point de départ, un point qu’il faut parfois revisiter précisément au moment où ni l’un ni l’autre n’a l’énergie de revisiter quoi que ce soit.
Les sept mille dollars n’ont jamais vraiment été le chiffre qui comptait. Ce qui comptait, c’était de savoir si les deux partenaires le versaient pour la même raison.
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