Pourquoi le besoin de réassurance en couple n'est pas un défaut

L'équipe CoupleStars Connexion 4 min de lecture
Un couple assis proche l'un de l'autre sur un canapé, ce genre de moment ordinaire autour duquel se joue souvent la réassurance en couple
Photo by aldi suli pratama on Unsplash

Il décroche à la deuxième sonnerie. Il dit que tout va bien, qu’il n’y a rien à signaler, qu’il sera rentré à dix-neuf heures comme il le lui avait dit le matin même. Vingt minutes plus tard, un autre texto arrive : tout va bien ? Rien n’a changé dans l’après-midi. Elle a posé la question une fois et a reçu une réponse, mais celle-ci n’a pas vraiment tenu, alors elle demande à nouveau, en espérant que cette fois-ci, ça reste.

Voilà ce qu’est la réassurance en couple, vue de près. Une petite question, posée deux fois, parce que la première réponse n’a pas tout à fait tenu. On est tenté de lire ce second texto comme un manque de confiance, ou pire, comme la preuve que quelque chose ne va pas. Le plus souvent, ce n’est ni l’un ni l’autre. Thomas Joiner, le psychologue qui a inventé l’expression « recherche excessive de réassurance », décrivait ce schéma il y a des décennies déjà : quelqu’un demande qu’on lui dise qu’il compte, l’entend, se sent mieux brièvement, puis le doute revient. Cela en disait moins sur son état réel à cet instant précis que sur la question de savoir si ce sentiment allait durer.

D’où vient généralement le besoin de réassurance en couple

Les chercheurs en attachement Phillip Shaver, Dory Schachner et Mario Mikulincer ont étudié pourquoi certaines personnes demandent plus que d’autres, à partir de deux semaines de journaux quotidiens tenus par des couples. La recherche de réassurance en elle-même n’était pas en cause. Le besoin remontait surtout à l’anxiété d’attachement, une méfiance résiduelle quant à la question de savoir si l’autre reste vraiment, et il passait davantage par l’esprit de celui qui demande que par quoi que ce soit venant du partenaire. Les personnes anxieusement attachées demandaient plus souvent. Les personnes évitantes demandaient moins, sans que le besoin soit nécessairement plus faible pour autant. Demander donnait simplement l’impression de tendre à l’autre une raison de partir.

Rien de tout cela n’est un diagnostic. Quelqu’un qui a grandi dans une maison où l’humeur d’un parent décidait du sort de toute la soirée peut porter cette habitude à l’âge adulte sans jamais lui donner de nom : on vérifie d’abord, on se détend ensuite, si tant est que la détente arrive un jour. Un partenaire stable depuis dix ans peut encore se voir poser la question deux fois, et la raison tient le plus souvent à quelque chose d’ancien plutôt qu’à lui. C’est un proche cousin de la jalousie qui s’installe dans une relation longue, où l’inquiétude porte rarement sur une menace précise, mais plutôt sur la peur de ne plus compter de la même façon.

Ce qui change selon la manière dont on répond

Une étude ultérieure, menée par Lyndsay Evraire, David Dozois et Jesse Wilde, a suivi la recherche de réassurance jour après jour chez plus d’une centaine de couples. L’effet n’était pas figé. Quand la question d’un partenaire anxieux recevait en retour quelque chose de précis et de chaleureux, la confiance tenait ou progressait le lendemain. Quand la réponse revenait plate, un « ça va » lancé rapidement sans même lever les yeux, la confiance chutait d’ici le point suivant. Même question, dans les deux cas. Ce qui bougeait, c’était la réponse.

Cela rejoint ce que John Gottman appelle se tourner vers les tentatives de connexion d’un partenaire. Au fil d’une étude menée sur six années auprès de jeunes mariés, les couples restés ensemble s’étaient tournés vers les tentatives de l’autre dans 86 % des cas, contre seulement 33 % chez les couples qui ont fini par divorcer. Se tourner vers signifie répondre à la demande qui se cache sous la question, au-delà des mots posés à la surface. « Ça va » se contente de répondre aux mots. Poser le téléphone, puis la regarder, répond à ce qui est vraiment demandé.

Quand la question cesse de résoudre quoi que ce soit

Une réassurance qui fonctionne apaise quelque chose, ne serait-ce que pour quelques heures. Celle qui ne fonctionne pas a une autre allure : la même question revient dans l’heure, parfois reformulée, et la réponse ne referme jamais tout à fait la boucle. Cela mérite d’être remarqué. C’est indépendant du fait que le besoin soit justifié ce soir-là ou non. Un partenaire arrivé en retard une fois peut se voir interroger sur ses retards pendant des mois, bien après que cette soirée précise a cessé d’être le sujet. La question est devenue un substitut à ce que la fiabilité représente vraiment au quotidien, celle qui se construit à partir de petites promesses tenues, pas d’un texto auquel on a répondu.

Un partenaire posant la main sur l'épaule de l'autre, un petit geste physique de réassurance en couple
Photo de Collin Hardy sur Unsplash

Ce que la réassurance ne peut pas réparer à elle seule

Il existe une version de cette histoire où le couple devient doué pour ce rituel : elle demande, il répond avec chaleur, la confiance tient un jour, et le cycle se répète sans qu’aucun des deux ne se demande pourquoi le doute revient toujours. Bien répondre est un vrai travail. Cela aide. Cela peut aussi permettre d’éviter une question plus ardue : celle de savoir si l’anxiété concerne vraiment cette relation, ou quelque chose de plus ancien que la réassurance n’a jamais eu la capacité d’atteindre. Quand le doute remonte à quelque chose de précis, une promesse concrètement rompue, reconstruire la confiance après un problème concret compte davantage que n’importe quel texto bien répondu. Un partenaire qui rassure bien à chaque fois n’aide pas systématiquement le doute à disparaître ; il arrive simplement qu’il soit devenu doué pour le gérer. Une anxiété plus profonde qu’une seule soirée demande généralement davantage qu’une réponse chaleureuse.

Le second texto arrive encore certains soirs. Il y répond toujours, pose le téléphone, et lève les yeux avant de prononcer les trois mêmes mots. La question n’a pas cessé. Ce qui a changé, c’est la façon dont il l’accueille, et cela compte davantage que la question de savoir si le doute était raisonnable au départ. Certains couples deviennent meilleurs pour bien y répondre. Moins nombreux sont ceux qui finissent par se demander pourquoi il revient sans cesse.

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